FUNAKOSHI Gichin Ô Sensei

Dans tous les Dojo du monde, son portrait règne comme un symbole. Né en 1869 à Shuri, dans l'île d'Okinawa, il était cultivé, parlant le japonais, alors que les "maîtres" d'Okinawa ne parlaient que le chinois et le dialecte utilisé dans les îles Ryu-Kyu.

 

A Okinawa, le Shuri-Te, le Naha-Te et le Tomari-Te étaient les trois styles connus de combat à mains nues. Ces arts allaient connaître un essor incroyable en quittant leur berceau pour s'implanter au Japon, sous la férule de FUNAKOSHI Gichin Senseï.

 

En 1922, FUNAKOSHI Senseï fut invité au Japon par KANO Jigoro Senseï, le fondateur du Judo moderne, pour une démonstration qui fut la révélation de cet Art Martial, qu'il appela Karate-Do: "la Voie de la main vide". C'est en 1935, à 67 ans, qu'aidé de ses élèves qui se cotisèrent, qu'il put construire son propre Dojo "le SHOTOKAN". C'est son fils Yoshitaka qui poursuivit son œuvre, Hélas celui-ci meurt de tuberculose en 1945.

 

En 1940, c'est la seconde guerre mondiale et l'époque des Kamikaze; le Karate, et notamment le Shotokan, se durcit considérablement. C'est dans cette décennie que les anciens élèves se regroupèrent et fondèrent la célèbre Nihon Karate Kyokai, connue en occident sous le nom de J.K.A.

 

Tous les pionniers s'associèrent à cette œuvre, Nakayama, Kase, Nishiyama, Okazaki, Mori, Mikami, Koyama, Kanazawa, Enoeda, Asaï, Shiraï, Miyazaki. Ces Senseï quittèrent le Japon avec un niveau technique très élevé, mais surtout la rare faculté de l'osmose entre la maîtrise technique et la pédagogie, le savoir-faire et le savoir enseigner, ce qui a toujours été l'idée de base de la J.K.A. La force considérable de cette association allait se répandre dans le monde entier. Rares sont les instructeurs de très haut niveau qui ne soient pas issus de cette école.

 

Funakoshi Senseï ne voulait pas "d'assaut libre"; il répétait sans cesse que la pratique du Karate avait pour but de développer l'intérieur de l'homme alors que le combat, selon lui, exacerbait l'ego de l'individu. "Il n'y a pas de première attaque en Karate, le Karateka ne prend jamais l'initiative du combat, et il est rigoureusement interdit de se servir à la légère des techniques du Karate".

 

Il mourut en 1957, alors que le premier championnat du Japon allait se dérouler quelques mois plus tard à Tokyo.



NAKAYAMA Masatoshi

 

 

Pendant près de quarante ans, il régna sur le Karate de la J.K.A. (Japan Karate Association).

 

Né en 1913 à Yamagushi, rien ne le destinait au Karate si ce ne fut le hasard. Son grand-père et son père étaient des experts en Kendo, et ce fut d'ailleurs le premier art martial qu'apprit celui qui allait devenir plus tard "le Pape du Shotokan".

 

A 19 ans, le jeune Masatoshi entre à l'université de TAKUSHOKU pour étudier la langue et l'histoire de la Chine. Il se présente alors au cours de Kendo, se trompe de jour, et voilà que bien involontairement il assiste à un cours de Karate. Quand il vit entrer un vieil homme souriant, qui imposa immédiatement le respect de ses élèves, NAKAYAMA Masatoshi comprit que son " maître était là, devant lui". Toute sa vie fut profondément marquée par la découverte de FUNAKOSHI Gichin Sensei.

 

En 1949, avec d'autres élèves du vieux Maître il créa la J.K.A., réglementa le Karate moderne de compétition, et, par ses nombreux déplacements, essaima son enseignement dans le monde entier.

 

Son analyse du Karate se traduisait ainsi: " Tout commence et finit dans l'esprit, sans cette précision le Karate n'est rien; un bon Karateka peut aller jusqu'au bout de ses coups si nécessaire, il saura toujours trouver la distance juste. Un combattant sans style ni rigueur n'est pas bon à regarder et il est dangereux. C'est la différence entre le Budo japonais et les sports occidentaux".

 

NAKAYAMA Masatoshi Sensei est décédé en Avril 1987.

ENOEDA Kenosuke

La J.K.A. a formé un grand nombre de "durs" au fil des années, le plus dur de tous est sans conteste ENOEDA Kenosuke; son surnom est à cet égard significatif: TORA le Tigre du Shotokan.

 

ENOEDA Kenosuke naquit le 4 Juillet 1935 à Fukuoka dans l'île de Kyushu. Issu d'une famille illustre de Samouraïs, les Yamakana, il commence à sept ans par le Judo et le Kendo.

 

A 17 ans il assiste à une démonstration de Karate, c'est la révélation. Son tempérament redoutable, son agressivité naturelle firent le reste. En deux ans il obtient son Shodan et devient deux ans plus tard le capitaine de l'équipe de l'université Takushoku. Il fut émerveillé par l'enseignement de FUNAKOSHI Sensei (qui mourut à 88 ans), alors qu'il venait de décrocher son diplôme de sciences économiques. Il commence alors sa formation de cadre de la J.K.A.

 

En 1963 il s'empare du titre de champion du Japon devant son ami SHIRAÏ. Cette victoire fut le début d'une carrière extraordinaire. Invité du Président indonésien SUKARNO, présent à la finale, il part quatre mois en Indonésie avec Nakayama Sensei, puis en Afrique du sud, invité par Stan SCHMIDT.

 

Il part ensuite pour l'Europe, où il devient l'assistant de KANAZAWA Sensei en Grande Bretagne où ses méthodes très dures ne furent pas appréciées.

 

Il part alors aux Etats-Unis avec l'autre grand "Maître" de la J.K.A., NISHIYAMA Sensei, le responsable du Shotokan américain. ENOEDA Sensei fut enfin reconnu à sa juste valeur et rappelé en Grande Bretagne où il enseigne toujours. Il fut Instructeur en chef de la J.K.A. pour l'Europe, pendant dix ans jusqu’à son décès le 29 mars 2003, à l’age de 68 ans.



MIYAZAKI Satoshi

Un être exceptionnel, qui représenta à la fois le cœur, la tête, la passion, la technique.

 

Né le 17 Juin 1938 dans les îles Kyushu, le jeune Satoshi débuta comme presque tous les Japonais avec le Judo et le Kendo, disciplines imposées alors en scolarité.

 

A 15 ans, il s'inscrit au Karate, poussé par ses camarades. A la fin de ses études secondaires, il passe son Shodan et aussitôt, NAKAYAMA Sensei, chargé du recrutement des bons éléments, le fait entrer à l'université TAKUSHOKU. Là, il redevient ceinture blanche et pendant quatre ans, il va décrocher successivement sa licence de Sciences Economiques et son deuxième Dan.

 

NAKAYAMA Sensei, avec qui il s'entraîne matin, midi et soir, cinq jours par semaine, le fait entrer à la J.K.A., alors qu'il n'a que 22 ans. Pour la seconde fois, il défait sa ceinture noire pour une blanche. Pendant six ans, il apprend à enseigner et adapter la pédagogie à ses qualités techniques exceptionnelles. Il passe son quatrième Dan; il n'a que 29 ans ! Son diplôme d'instructeur et un billet d'avion en poche, il part pour la Belgique qui cherchait un instructeur japonais.

 

Il ne quittera plus la Belgique. Jusqu'à son décès, survenu le 31 Mai 1993, il fut Instructeur en chef J.K.A. en Europe.